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Loi de programmation pluriannuelle de la recherche : une raison d’y croire ?

Le SNPTES a rencontré la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation ce mardi 17 décembre 2019, pour faire le point sur le projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR).

Au préalable, Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur de la recherche et de l’innovation nous a confirmé avoir pris en compte la demande du SNPTES de mener de manière disjointe les négociations relatives à la LPPR et celles concernant la réforme des retraites.

Au sujet de la réforme des retraites, le SNPTES a rappelé que contrairement aux déclarations du Premier ministre, les enseignants-chercheurs, les chercheurs et les enseignants ne sont pas les seuls à être impactés par la mise en œuvre d’un système de retraite qui prendrait en compte l’ensemble de la carrière et non plus uniquement le dernier traitement indiciaire. Pour les personnels BIATSS et ITA, la prise en compte de l’ensemble des composantes de la rémunération sur toute une carrière et notamment des primes dans le calcul de la pension ne compensera pas totalement les pertes subies, dans le cadre de cette réforme. Les missions de l’enseignement supérieur et de la recherche sont menées par des équipes pluricatégorielles. Le SNPTES tient à préserver les liens qui unissent la communauté universitaire et scientifique.

La ministre a confirmé que dans le cadre de la LPPR, l’ensemble des personnels de l’enseignement supérieur et de la recherche bénéficierait de revalorisation au moins indemnitaire, sans en préciser les montants. Le SNPTES demande une attention particulière en direction des personnels de catégorie C et B. Il revendique un alignement des régimes indemnitaires sur les montants les plus favorables de la fonction publique. Au sein des filières ITRF et ITA, suite à une action du SNPTES, les informaticiens bénéficient depuis plus de trente ans d’un régime indemnitaire plus favorable, pour pallier le manque d’attractivité de cette filière. Cette majoration indemnitaire devrait certainement être revalorisée, mais pour le SNPTES, il convient dans le même temps d’aligner les ITRF et ITA des autres branches d’activité sur ces montants. La ministre a également annoncé des mesures pour valoriser l’engagement pédagogique. Désormais, elle déclare vouloir améliorer l’attractivité des emplois et des carrières scientifiques. Le SNPTES se demande alors pourquoi la rémunération des ITRF et ITA des branches d’activité scientifiques est maintenue en dessous de celle de la grande majorité des ITRF et ITA des BAP J et E.

Par ailleurs, le SNPTES a rappelé qu’il attend également des mesures catégorielles, pour rectifier quelques carences de la réforme relative aux parcours professionnels, aux carrières et aux rémunérations (PPCR) mise en œuvre par le précédent gouvernement. Le SNPTES demande notamment la mise en extinction des corps des assistants ingénieurs (chantier ouvert depuis 2008) et le reclassement de ces derniers dans le corps des ingénieurs d’études. Il revendique également l’alignement des grilles des ingénieurs de recherche, des maîtres de conférences et des chargés de recherche, ainsi que leur revalorisation. Le SNPTES demande également une refonte des corps des directeurs de recherche et des professeurs des universités et propose pour ces deux corps des fusions de grade.

Le SNPTES a été pleinement rassuré sur la formulation très hasardeuse du PDG du CNRS plaidant pour une loi inégalitaire. En effet, comme le SNPTES le dénonçait dans un précédent communiqué, les propos dangereux d’Antoine Petit pour que la future LPPR soit “darwinienne” ne reposent sur aucun concept et ne correspondent en rien à la réalité du travail collaboratif et de coopération de la recherche. Le SNPTES a, à ce propos, rappelé à la ministre l’exaspération de la communauté de la recherche face aux concepts creux de “talents”, “d’excellence” et de “star”.

Nous avons également eu la confirmation, s’il fallait l’avoir, que les “tenure track” si elles étaient mises en place ne concerneront qu’une partie et pas l’ensemble des recrutements. Évidemment, nous avons alerté la ministre sur les dégâts collatéraux que ce type de recrutements pourraient générer auprès des autres collègues chercheurs et enseignants-chercheurs.

Nous avons également mis en garde la ministre sur la nécessité de ne pas sacrifier une génération de personnels qui a “tenu la boutique” depuis des années et qu’une attention particulière doit leur être portée, au-delà de l’indemnitaire, sur des trajectoires de carrières ambitieuses.

La ministre rejoint les propositions du SNPTES sur l’attribution de moyens à chaque nouveau chercheur ou enseignant-chercheur recruté afin de pouvoir mettre en place leur projet de recherche. Dans ses propositions, le SNPTES avait évoqué ce principe d’attribuer d’office un financement d’accompagnement de projet de recherche des nouveaux recrutés autour de 50k€.

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La ministre a également réaffirmé son ambition d’augmenter significativement les taux de succès des appels à projets à l’agence nationale de la recherche (ANR) ainsi que de générer des financements par les coûts indirects (« overhead ») qui pourraient être gérés en grande partie par les unités, libres de les utiliser selon la politique scientifique du laboratoire, et pour une autre partie, par les établissements. En contrepartie, les financements récurrents ne devraient pas augmenter significativement.

L’ensemble de ces mesures ne pourra être réellement jugé qu’une fois les montants des financements connus. Si l’augmentation des crédits ANR était très significative, les coûts indirects permettraient alors de financer la prise de risque nécessaire pour les équipes de recherche en amont des appels à projets par une gestion des financements au plus près du terrain. Ceci pourrait compenser la “non-augmentation” des crédits récurrents.

Le SNPTES a conclu en insistant sur l’espoir que cette loi suscite chez les collègues. Cette loi, si les financements évoqués par la ministre étaient déployés, aurait un effet d’entraînement pour la recherche française. En revanche, si cet espoir était douché, la colère des personnels serait énorme.